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DATE: 10 juin 2004

PILOTE: David Vayrette

AILE: Gradient Golden

PARCOURS:

déco: Digne les bains/ relais de l'andran

Atterro: Saint Vincent les forts

Balises: Digne( la clapière haute)/ Saint André (déco ouest)/ Saint Vincent les forts (déco)

Distance totale: 80.2 kms

Durée du vol : 5 h 15

RECIT:

Cela fait déjà plusieurs jours que les conditions sont bonnes, et que je tente ma chance en début d'aprés midi au départ du relais. Plusieurs fois je bute sur la longue transition du Siron vers Melan. Je tente aussi par la plaine, mais là ce sera un jambon beurre à thoard.

Aujourd'hui J'ai un peu la tête dans le c.l, je me suis couché tard pour bosser sur ce sacré site internet qui me bouffe une partie de mes nuits. Un mauvais café dans l'estomac, une aspirine et je file quand même au déco sup du relais. Un peu d' yoga pour me détendre, tout seul on a l'air moins con. En général je me gratte la tête avec ma main droite, mais l'astuce, c'est que je passe par derrière l'oreille gauche ! c'est une technique slovène plus simple que la chinoise ou on utilise alors le pied, c'est moins dur, c'est tout.

Il est midi et je téléphone à Hans pour qu'il me rejoigne, il me dit qu'il arrive dans 5 minutes. Je me prépare tranquillou et j'attends que les cycles se rapprochent, le ciel est dégagé, 1/8 de cum sur le relief , c'est parfait.

Un allemand et sa femme, ou sa femme et son Allemand ,c'est pareil, me posent des questions sur le parapente, il est pilote de planeur et sa femme, de l'allemand, a fait un baptême ce matin avec Fabrice de Dinovol. Je lui dis qu'elle n'a pas eu de chance car elle aurait pu le faire avec Sebastien, qui est plus gros, mais plus beau que Fabrice.

12h 45 Hans n'est toujours pas là et comme j'ai filé rencard à Claudia au déco de saint vincent je ne tarde pas plus pour déplier mon chiffon (claudia chiffon, trop bon !). Ca tient devant le déco, 80 mètres, et je file vers Courbons où le thermique du village me monte gentiment à environ 1900 m. J'en ai marre de la bigue alors je tente le cousson. Hans est au déco mais ne décolle pas, il me dira plus tard qu'il ne m'a pas vu, il devait sortir du lit.

Je fais des photos de Digne pendant la transition, mais j'enroule quand même afin d'arriver au plus haut sur cousson.

Rien à faire j'arrive à villevieille avec à peine 150 m au dessus du déco. Je file vers les terres jaunes et me bagarre pour me maintenir pendant un bon quart d'heure. Ouf ! un pétard teigneux et étroit me hisse jusqu'au sommet nord du cousson.

En Transition vers le Cousson.
La Bléone. Le quartier saint Christophe.
Je travaille alors tout ce qui passe avec application, je veux absolument arriver en face sud du cousson avec un peu de marge et ne pas me faire parler du pays sous le niveau de la crête. Ca marche ! je déboule en sud avec 80 m au dessus du sommet et là pas la peine de chercher la pompe est là : +4 +5 +6, 2600 m de plaf , là ça commence à me parler clairement ! La montagne de Beynes devant et la barre Dourbes (montagne de coupe) à l'est, Feu sur les dourbes !

Je passe au dessus de mon village (Entrages) avec 1600 m de gaz, c'est cool ! des photos pour le maire, le voisin, ça fera toujours plaisir. La transition est splendide, plein les yeux ! la barre sous mes pieds, mon appareil photo passe en zone rouge, je mitraille tant que je peux dans le but d'assembler mes photos en panoramique. Je vise en fait la falaise

juste à gauche de la clappe, au dessus du col de pierre basse. Guy dit "razor flight" (le sanglier volant) m'avait dit un jour ,après 6 ou 7 génépis, qu'il fallait aborder les Dourbes par la combe près du pas de Labaud afin de pouvoir se dégager au cas ou. Mais là je pense avoir de la marge et je ne plombe pas trop. J'arrive effectivement à plus de 150 m au dessus de la crête.

wouaou ! c'est vraiment impressionnant et je m'attends à me faire satelliser au dessus de tant de caillasse, je stoppe les photos et le thermique est présent, presque facile, les conditions sont vraiment au top: +5 pour un ascenseur jusqu'à 2500 m . Ca bouge mais les thermiques sont francs et plutôt simples à tourner, peu de dérive. Par contre pour le moment ce n'est que du thermique bleu, pas de cums.Sous mes pieds (plus de 1000 m) une aile longe la barre.

Je croiserai le pilote à Saint Vincent, plus tard, au bar.

Saint André me semble vraiment à porter, presque sur une seule tansition, je suis heureux comme un pape d'en être déjà à ce stade du parcours. Seul problème, le mal de l'air me prend, la gerbe quoi ! mes barres de céréales sont restées dans mon sac et comme une andouille j'ai foutu du sirop pêche-abricot dans ma poche à eau, oh pas beaucoup ! mais juste pour que cela est un goût de chiotte, un peu comme de l'airwick, mais liquide ! Non, franchement, évitez ce sirop pêche-abricot, prenez plutôt de la menthe ou de l'orgeat c'est meilleur. Mon grand père disait toujours: "l'orgeat c'est bon, la menthe aussi".

Transition vers les Dourbes
Le col de Corobin
La transition vers Saint André est facile, un thermique généreux à mi parcours me donne quelques centaines de mètres en plus pour arriver sur le déco ouest avec facilement 300 mètres de gaz. Je vois alors la renault 4 "jaune la poste"de Stéphane garée au déco: cool la récup est là ! Je suis super content: un Digne-Saint André, depuis le temps que j'en rêvais !

Je suis déjà fatigué (petit joueur...) et j'envisage de poser devant l'école, l'après midi ça doit booster mais bon vu que les journalistes et de nombreuses femmes nues m'attendent pour me féliciter de mon exploit...

Mais là, tout bascule ! un petit coup d'oeil vers cheval blanc, où de magnifiques cumulus à environ 3000 me font le champ des sirènes: viens...viens...viens...

Au dessus de Saint André, si j'y vais pas j'suis vraiment un gros nul !

Transition vers saint André les Alpes.

C'est alors le grand dilemme, d'un côté un petit ange avec sa peau pêche-abricot me dit:"Vas te poser à Saint André, tu es fatigué, tu as la gerbe, sois donc raisonnable !"de l'autre un petit diable: "si tu n'y vas pas: t'es vraiment un gros blaireau !".

Un blaireau moi ? jamais ! j'attaque donc la crête bras hauts, direction les antennes. Au bout de cinq minutes le petit ange repointe le bout de son nez et en remet une couche, ce coup ci je l'écoute et je fais demi tour pour retourner vers saint André. A nouveau au dessus du déco le petit diable me traite de tous les noms d'oiseaux (ça va ? vous suivez ?). Et hop encore demi tour pour un parcours du combattant de plus de cinquante bornes, je tenterai donc Saint Vincent les forts.

Le rendement est excellent et je tourne juste un beau thermique après les antennes. Je fume au passage deux autres pilotes qui galèrent pour prendre du gaz. Devant moi cheval blanc, j'attaque la transition avec de la marge et les fesses serrées, car les nombreux récits de pilotes s'étant faits malmenés dans le quartier ne me rassurent guère. Arrivé sur Cheval, bizarrement, le thermique se fait désirer et je me retrouve en point bas, un léger dynamique et des déchets de thermiques me permettent de me maintenir en gardant mes distances avec le relief. Au bout d'un petit quart d'heure j'envisage fortement la vache quand un un pétard étroit et très tonique m'invite à me foutre sur la tranche. Pendant ce temps je vois partir les deux autres ailes vers la valée de l'issole pour un cheminement différent et paraît il moins craignos.

Je prends 2500 et longe cheval en attendant le rodéo mythique du quartier, mais rien ne se passe, les thermiques sont forts mais sains, je fais même quelques photos.

Cheval Blanc

Plutôt que de transiter direct vers la montagne de Carton je suis la crête, peut être un peu trop, je m'en rapproche dangereusement en me demandant quel côté je vais choisir pour me faire dégueuler. Je vise un cum prometteur mais à

- 4 m/s la crête orientée est/ouest arrive vite, alors là on va choisir quoi ? Mais enfin mes bouts d'ailes s'excitent m'annoncant un 6 m/s qui me monte à 2700, carton devient alors une formalité, j'y enroule une fois de plus pour ensuite me jetter sur l'Estrop.

Wouaaa ! l'Estrop ! je suis crevé et vaseux mais le spectacle est grandiose et je l'avoue un peu flippant...bon ça va ...super flippant ! c'est bon là ?! je l'attaque sur une pente qui me parait évidente en gardant une petite marge au cas ou...300 mètres ça devrait le faire.
L'Estrop la Blanche, au fond c'est Dormillouse.
Ascenceur jusqu' à 2950, j'ai le sommet devant moi, c'est superbe et je me paye la gauffre de faire plusieurs photos dans le but d'en faire des panoramiques. Saint Vincent in the pocket ! c'est tout droit !

Là les thermiques sont vraiment larges, comme dans les livres, mais bon l'entrée et la sortie, c'est pas vraiment comme dans les bouquins ! Je me relache un peu, le vol me semble plus simple pour la suite. Et bien sûr je me prends un vrac d'enfer en entrant dans un thermique énorme. Petit contrôle visuel rapide (1 millième de seconde environ) pour m'apercevoir qu'il ne me reste plus grand chose au dessus de la tête, l'abattée disymétrique me pose la voile à 87.58 degrés devant ma tronche donc d'après la formule mathématique du célèbre philosophe portugais José Siverado je dois logiquement planté un méchant coup de frein ! ce qui sera fait dans les règles de l'art. Et là vous ne le croirez jamais j'ai même pas eu peur ! j'ai juste eu une petite chute de tension avec un léger goût de pêche-abricot dans la bouche...

Fier de moi, et à peine flipper, je décide de ne plus enrouler un seul thermique jusqu'à Saint Vincent, c'est plus prudent. De toute façon quand j'en traverse un je prends facile 300 mètres ! alors pourquoi se faire chier, on va se la faire PWC :c'est à dire tout droit !

J'en peux plus ! et vivement une dose de sucre à Saint Vincent, j'ai faim, j'ai soif , pour le petit pipi ça va, faut dire que pêche-abricot c'est efficace...

Je me pointe devant Dormillouse comme jérôme la mouise devant Villevieille "la terre promise" (ceux qui fréquentent le forum du site "yadelouest" comprendront, pour les autres tant pis pour vous ! ).Quelques pilotes tapent le soaring à Saint Vincent, j'arrive haut, et le Morgon me propose ses pentes généreuses, mais je suis vraiment trop crevé pour faire un kilomètre de plus. Oreilles et 360 pour descendre vers le déco, les thermiques sont encores excellents, un pilote raccroche dormillouse.

Dormillouse

Je me pose, complètement halluciné par mon vol , je vire mon casque, et je perds mes lunettes dans les foins. Logiquement je pousse un simple Yahaaaaa de joie, tapant le sol avec mon poing, un autochtone Hollandais me regarde avec étonnement. Un autre me demande pourquoi tant de joie, je lui dis que j'arrive de Digne en passant par Saint André, il me félicite et me propose sa femme pour la nuit., je refuse, lui demandant seulement de me donner l'heure, il est 18 heures. Je ne pensais vraiment pas avoir volé pendant aussi longtemps. Après avoir échanger des cigarettes contre des statues au chef du village je m'en vais cherché mais mes lunettes pendant presque une heure dans la savane du déco.

Christophe "le pharmacien", coincé dans sa boutique par deux mémés toxicomanes qui veulent absolument une dose de doliprane, me téléphone pour me demander si j'ai volé aujourd'hui. Je me dirige vers un demi de biere et quatre barres chocolatées en téléphonant à tous mes potes pour qu'ils préviennent CNN. Un groupe de pilotes tapent la discute au café avec Eric Michel, ils viennent, quant à eux, de faire Moustier/ Saint vincent. Ce sont les pilotes que j'ai croisé pendant le cross.

Le retour en stop sera plus fastidieux, à 9h00 du soir je suis encore à Seyne, heureusement Cuty viendra m'y chercher. Après quelques succulents nems et une bière titi me ramène au relais pour récupéré mon fourgon, il est presque une heure du mat lorsque j'arrive chez moi.

80 kilomètres au compteur, des varios raisonnables à + 7 m/s, un plafond maxi à 3000 mètres, 5 h 15 de vol et seulement deux points bas. J'ai eu beaucoup de chance, car les conditions étaient excellentes, voire idéales, il suffisait d'être là au bon moment. Il me semble en fait hyper important, pour sortir de ce foutu bocal dignois, de soigner la transition vers le cousson et d'y faire si possible un bon plein sur son sommet nord. Arrivé en face sud avec un peu de marge, les choses deviennent bien plus évidentes, mais bon. Seul petit regret: ne pas avoir avoir tenté le Morgon et la vallée de la Durance vers Mont Dauphin ou pourquoi pas Briançon. Les conditions, je pense, le permettaient car à 18 heures il me restait encore deux bonnes heures de vol possible. Mais bon, trop crevé, le petit ange m'a vaincu, dommage les 100 bornes n'étaient pas loin.

Ah oui, je veux rajouter que je suis très content et fier de ce vol, non pas pour la distance qui est insignifiante pour des pilotes de haut niveau, mais pour le fait que je pense l'avoir effectué avec un niveau de sécurité élevé, ce qui est hyper important pour moi. Après douze ans d'apprentissage du parapente, ce vol marque pour moi une étape de plus dans ma progression, que je veux la plus sereine possible.

Merci à Cuty et Titi pour la récup, au sirop teisseire,

David.