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DATE: 01/05/2005

AUTEUR: Claude Maupay.

Qui est Claude ?

Claude vient de la Sarthe. Les blaireauxn'ailes le connaissent depuis l'an dernier car il "fréquente" Courbons. Il vole en epsilon 3 en "Small", mais son coeur est surtoilé !

Merci à toi, pour ce magnifique récit ! (publié dans le numéro 18 de Haute Provence Info)


Eclosion d’éphémères à Digne

On m’avait averti : une éclosion se préparait à Digne, en altitude du côté de l’Andran….

Le premier papillon ouvrit ses ailes à 11h08. Sans doute trompé par une brise fugace, un souffle facétieux, il s’enfonça rapidement, rasa les thyms et les genets… Plouf, on ne le revit plus !

Ce devait être un sacrifice initiatique, ce qu’ils appellent un « fusible ». La chute du premier calma les ardeurs des autres. La seconde corolle, une pimpante jaune et bleu, s’ouvrit un quart d’heure plus tard, traversa nonchalamment la vallée et atterrit on ne sait où, sans doute dans un jardin botanique en ville de Digne. Encore raté. Ca devait piaffer là-haut !

C’était un samedi, le dernier jour d’avril, une journée estivale et idéale pour les éclosions et je prenais le soleil au bout d’un petit chemin de Courbons. Un poste d’observation idéal pour assister aux naissances annoncées. Tout près, un rossignol égrenait son répertoire. De temps en temps ma radio balbutiait un message ou crachotait une météo locale. Au loin, au large du Couard et du Cheval Blanc, de petits moutons cotonneux naissaient à la queue leu leu.

A 11h15 un petit essaim tenta sa chance. Confits, quelques papillons atterrirent presque à mes pieds. C’est vers midi que se fit entendre, ironique et sonore, le houp houp houp ( ou houpoupoup) de la huppe fasciée. Il emplit toute la montagne et son écho se répercuta loin et longtemps. Comme une réponse à ce rire onomatopéique et moqueur, un essaim multicolore prit l’air et cette fois-ci le tint. Je veux dire s’escrima pour s’y maintenir ! Il se regroupa, s’effilocha en hauteur et entreprit une danse collective aux couleurs chatoyantes.

A ce moment-là, venant vers moi, je reconnus à sa fine moustache et à son aile repliée sur le dos, Dédé, l’un des volatiles récemment atterri : mes papillons étaient donc bien du genre parapentesque et de l’espèce éphémère.

Rémi, un autre atterri sacrifié m’affranchit et m’indiqua le parcours initiatique des postulants au grand vol. Une ballade aérienne dithyrambique pour le simple apprenti volant que je suis. Pensez donc : Antran-Thoard- La Bigue- Saint Josson- Rond point Picot et le poser au stade de Digne. 41 kilomètres à tire d’aile !

Quand je revins dans le mi-temps de la soirée, le ciel local s’était vidé de tous ses papillons. Fidèle au poste, le rossignol répétait ses trilles. Le souffle irrégulier des bouffées d’air chaud bruissait dans les ronces. Au loin, très loin, à la limite du visible, quelques ailes colorées trainassaient du côté du Cousson. L’air était doux, la soirée idéalement belle. Je vous l’assure, ici, c’est le paradis : en l’air et sur terre…

1er mai, 10 heures. Changement de décor. J’ai suivi Rémi et son camion bourré d’aspirants papillons. Après maintes colimaçonnades je découvre l’Andran, le lieu des naissances. Un superbe site qui donne à voir un vaste panorama à des lieues à la ronde. On y a installé des antennes. J’y rencontre mes éphémères d’hier maintenant revenus tous à terre ; une soixantaine éparpillés sur le vaste terrain d’envol orienté plein sud. A côté d’eux, un gros sac, leur viatique, leurs ailes repliées d’hommes volants. Parmi eux je reconnais David.

Maintenant, je crois avoir tout compris !

« Bléon’Aile », le club de parapente de Digne est l’organisateur d’une compétition régionale. Une « B » accessible à de nombreux pilotes. Elle se déroule en deux jours et permet à certains participants de gagner -éventuellement- des points pour monter dans la hiérarchie parapentesque et de s’adonner, au sein d’un groupe chaleureux, à leur passion commune.

Au fur et à mesure que la brise s’installe, on s’anime sur le terrain. Une grande carte permet d’afficher le menu du jour. 42 kilomètres, une bonne bouchée à avaler.

Bientôt le directeur de l’épreuve - tiens, mais c’est David !- donne les consignes, les conseils, la météo et répond aux questions. Grosse responsabilité pour lui et toute l’équipe des copains volants de Bléon’Aile.

Rémi s’envole suivi de Dédé. Encore au sacrifice ces deux-là ! Nos deux ouvreurs sont chargés de tester la masse d’air, sa vitesse, son homogénéité et de transmettre leurs observations au directeur de la course.

« La fenêtre est ouverte, la fenêtre est ouverte … » Par ce signal radio, David lance la compétition. L’ambiance se modifie instantanément, les gros sacs se déchiffonnent et ce n’est plus que bruissements de tissus, claquements d’ailes, sifflements des suspentes et bip bip des variomètres. En quelques minutes une grosse grappe s’est formée qui se déplace en enroulant d’invisibles thermiques.

Le terrain se vide. Bientôt tout le monde vogue sur son frêle esquif au gré de l’invisible fluide. Allez les passionnés d’Icare : bon vent !

Claude